lundi 12 janvier 2015

Cahier du jour CE de 1912 (Jeanne Hémon)

Il est bien évident que l'école d'antan était très sélective, ce qui ne veut absolument pas dire que le niveau scolaire des enfants des classes sociales défavorisées était mauvais (comme le prouve ce cahier), mais seulement que la sélection était très élitiste (très peu accédaient au Lycée, mais notre "démocratisation" ne change absolument rien à la reproduction des classes privilégiées, la sélection se faisant simplement beaucoup plus tard, après le Baccalauréat : la seule vraie différence importante entre hier et aujourd'hui est donc que les enfants des classes défavorisées ne reçoivent JAMAIS un enseignement digne de ce nom). Pour mieux comprendre, voir l'article L'école des "pédagogues" contre les pauvres.


A partir de là, il faut bien conclure que notre école moderne, plus "démocratique", refuse de mener les enfants d'aujourd'hui à un niveau scolaire simplement décent, sans que la sélection cesse pour autant, quoiqu'elle soit plus difficile à déceler car moins officielle, moins institutionnelle. Or, s'il ne viendrait pas à l'esprit de quelqu'un d'un peu lucide d'exiger que soit mis fin à la division du travail (division en classes) dans une économie capitaliste qui REPOSE sur elle, on serait du moins en droit d'exiger que l'école fasse en sorte que tous les enfants sachent lire et écrire, calculer et réfléchir à partir de connaissances solides, ce qui n'est plus du tout le cas aujourd'hui (voir la pétition sur l'école primaire, ICI).

Un cahier de cours élémentaire 1912/1913 mis en ligne sur le site fermé de Blaise Buscail

Première page : 




SOMMAIRE

2 commentaires:

  1. Bonjour,

    Lier "l'école d'antan était très sélective" et "très peu accédaient au Lycée" n'a pas grand sens pour l'époque considérée. L'instruction collective est alors donnée en deux ordres parallèles:
    -l'enseignement primaire (écoles communales, dont la fréquentation est couronnée par le Certificat d'Études Primaires Élémentaires -passé à l'âge de douze ans depuis 1908-, puis Écoles Primaires Supérieures conduisant au Brevet Élémentaire (devenu ensuite Brevet d'Études Primaires Supérieures) et éventuellement au Brevet Supérieur). Il est gratuit.
    -l'enseignement secondaire, payant, comportant les classes élémentaires des collèges et lycées (de la 11ème à la 7ème, où enseignent des professeurs et non des instituteurs), puis les classes de la 6ème à ce que nous appellerions aujourd'hui la classe de terminale, et conduit aux Baccalauréats (pour les garçons, voir ci-après). Il ne scolarise que les enfants de familles suffisamment aisées pour financer cette instruction (et y trouver un intérêt, l'enseignement ayant un caractère très spéculatif, basé sur les études de latin, grec, littérature) mais n'ayant pas choisi de faire instruire leurs enfants par un précepteur.
    Il est extrêmement rare qu'un enfant ayant commencé sa scolarité dans l'enseignement primaire change d'ordre: en effet, le Certificat d'Études Primaires atteste de connaissances très solides (savoir écrire et rédiger d'une écriture lisible et sans faute d'orthographe -ce qui n'est pas le cas de tout le monde à l'époque-, avoir des connaissances de base en histoire, géographie, sciences, dessin et agriculture -ces deux matières étant remplacées par de la couture pour les filles-) et d'un sérieux entraînement au raisonnement (lecture expliquée, résolution mentale de problèmes de vie pratique, mettant en jeu des connaissances en calcul, mais aussi en économie domestique, ou résolution d'un problème pratique de déplacement, nécessitant de combiner diverses connaissances de géographie); c'est un sésame précieux pour un emploi déjà qualifié; il est exigé pour la titularisation dans les administrations, services publics et collectivités territoriales. Le certificat d'études donne droit à l'entrée dans le cours supérieur des écoles primaires élémentaires. Il est exigé pour entrer dans une École Primaire Supérieure: en effet, bien qu'étant publiques et gratuites, les écoles primaires supérieures ne sont ouvertes qu'aux élèves présumés capables de suivre avec fruit l'enseignement qui y est donné (cf. DP/Buisson, écoles primaires supérieures). Initialement, le Brevet Élémentaire est le titre requis pour pouvoir occuper un poste d'adjoint dans une école communale; puis le Brevet Supérieur est le diplôme requis pour pouvoir devenir instituteur (les Écoles Normales y préparent) jusqu'en 1941 où le Baccalauréat devient le diplôme indispensable. Jusqu'en 1924, les lycées de jeunes filles préparent leurs élèves au Brevet Supérieur (la loi n'autorisant pas les jeunes filles à se présenter au Baccalauréat).
    Dès 1900, il y a pratiquement autant d'élève dans l'enseignement primaire supérieur que dans les collèges et lycées de l'enseignement secondaire.

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  2. Bonsoir,

    Je viens de lire ce magnifique cahier. Mes enfants en primaire ce1 et ce2 n'ont pas le niveau. Je ne sais pas si je dois pleurer ou en rire.
    C'est affligeant de voir la baisse de niveau, ce que l'on appelle communément le nivellement par le bas.
    Je voulais aussi dire au propriétaire de ce site ma profonde reconnaissance et le travail remarquable de numérisation effectué pour ces anciens
    livres.
    Si il ne l' avait pas fait, je n'aurais jamais pu comprendre le profond désœuvrement de mes enfants.
    Je fais donc l'acquisition de livres anciens scolaires pour mon plus grand bonheur.

    Merci encore

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