mercredi 9 octobre 2013

Ravaudet, L'Âge de raison (cours de morale à l'usage des petits) - 1951.


Marie Ravaudet, L'Âge de raison (cours de morale à l'usage des petits).

Ouvrage présenté par Lisa Dexburry :




AVANT-PROPOS

Mes chers Collègues,

Quelques-uns d'entre vous, connaissant mon livre : « Courage » qui s'adresse aux maîtres d'écoles à classe unique m'ont demandé de composer l'équivalent pour les maîtres des Cours préparatoire et élémentaire.
Je m'y suis risquée quoique ce soit beaucoup plus difficile.
Le but de l'éducation morale est, tout d'abord, de donner des habitudes : toutes les leçons du monde, à n'importe quel âge, seraient tout à fait vaines si le maître n'exerçait une surveillance attentive sur le comportement de ses élèves. Dans les petites classes surtout, il se fait plus de besogne éducative dans la cour de récréation que durant le quart d'heure journalier de causerie morale.
Pourtant, cette leçon régulière est indispensable aussi. Il ne suffit pas d'empêcher matériellement une mauvaise action ou même, l'action commise, d'en dégoûter l'élève par des sanctions judicieuses. Il faut créer chez l'enfant, même tout jeune, une vie morale, c'est-à-dire un champ de réflexion et l'habitude de lier l'action à la pensée. Cela ne peut se faire que par la parole du maître au cours de causeries méthodiques.
D'ailleurs, les enfants ne détestent pas qu'on leur parle sérieusement ; ils s'en trouvent flattés, avec juste raison.
Dans mon livre unique, j'exposais une doctrine morale, indispensable, je crois, aux élèves qui quittent nos écoles à quatorze ans et ne recevront plus d'éducation systématique. Il faut que ces enfants emportent de chez nous non seulement l'habitude de vivre bien, mais « de solides raisons de vivre bien ». Pour des enfants au-dessous de neuf ans, rien de tel ne presse. Les notions abstraites de bien, de mal, de conscience, de devoir gagneront à être présentées un peu plus tard ; elles ne frapperaient guère des esprits si jeunes et les enfants se trouveraient blasés sur les mots avant d'en avoir pénétré le sens.
Mes causeries n'ont donc rien de théorique, mais il doit tout de même s'en dégager des principes qui seront aisément rappelés dans les petites leçons d'occasion, au courant de la vie scolaire et qui, plus tard, trouveront leur place dans un corps de doctrine. C'est pourquoi j'ai groupé mes petites causeries de telle sorte que l'effet de chacune soit prolongé et renforcé par la suivante, qu'il se fasse dans l'esprit des enfants une continuité d'impressions, un enchaînement d'idées, un tissu d'exemples dont se formera justement ce « champ moral » nécessaire à l'éclosion de pensées claires et de sentiments efficaces.
J'ai donné la première place à la politesse. La politesse est le premier effort que puisse faire un jeune enfant pour sortir de l'égoïsme naturel. Les actes de politesse sont les plus faciles à obtenir et, les obtenant, on éveille à la fois l'attention et le courage, bases de tout effort moral.
J'ai fait appel ensuite à la générosité, puis, en tout dernier lieu, à l'esprit de justice. La générosité est plus large que la justice, et semblerait devoir en être l'épanouissement. En réalité, la générosité est plus spontanée et cause des satisfactions plus sensibles. Les plus jeunes enfants aiment à faire plaisir et sont capables de petits sacrifices alors que, même adulte, on arrive difficilement à mettre son semblable sur le même pied que soi ! Et puis, la notion de justice est plus abstraite que celle de bonté et les actes de justice sont le plus souvent pénibles et sans grâce : ils consistent surtout à se corriger de ses défauts, ce qui, d'emblée, ne séduit personne !... Il faut qu'un jeune cœur soit déjà pénétré de bienveillance avant qu'on le dispose à prendre en considération le droit d'autrui.
 Je crois avoir respecté dans mon plan l'ordre naturel de la croissance morale, ce qui ne m'a pas empêchée de suivre d'aussi près que possible l'ordre des programmes officiels.

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Je ne vous présente pas autant de leçons qu'il y a de jours scolaires dans l'année. Certes, il me serait agréable de commencer chaque jour la leçon par une petite histoire dont le commentaire meublerait juste le reste du quart d'heure. Je l'ai essayé, mais j'ai constaté que pour réussir un découpage du temps aussi rigoureux, il me fallait sacrifier justement cette cohésion de l'enseignement à laquelle je tiens avant tout. Je me suis contentée d'amorcer par une anecdote ou un conte chaque série de commentaires, série qui peut occuper plusieurs jours. Cette historiette, je l'ai trouvée le plus souvent dans mes souvenirs d'institutrice. Je n'ai pas cru devoir employer du papier pour reproduire des contes que vous trouverez facilement : vous connaissez tous les contes ou récits de Grimm, du Chanoine Schmid, de Mme Pape-Carpantier, d'Andersen, de Mme Colomb, de P.-J. Stahl, de Jean Macé, de Maurice Bouchor, etc..., etc... Quand l'histoire appropriée m'a fait défaut, je m'en suis passée et j'ai attaqué mon sujet par un discours direct : il ne faut pas se cramponner à un procédé, même bon, quand il devient artificiel.
Les commentaires qui accompagnent les lectures s'adressent quelquefois au Cours élémentaire plutôt qu'au Cours préparatoire. Chaque maître les adaptera à son auditoire.

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D'ailleurs, je n'ai pas la prétention de vous présenter des leçons modèles ; tout simplement, parce que je sais qu'entre collègues, on aime à se communiquer ses expériences, je vous présente celles-ci comme je vous les présenterais si nous causions ensemble et que vous me racontiez les vôtres ; vous en prendrez et vous en laisserez ce que bon vous semblera.
Tel sujet qui, dans mon esprit, peut remplir une semaine ou plus, vous le réduirez à une seule leçon ; tel autre que j'ai traité court, vous l'enrichirez de tout ce que vous suggéreront votre expérience et celle de vos élèves.
Les exercices pratiques et les réflexions des enfants tiendront certainement plus de place dans vos leçons que mes commentaires et, souvent, les remplaceront. Je ne vous offre pas un travail tout fait, mais seulement des éléments pour la préparation de votre classe. Puisse ma collaboration vous être de quelque utilité !






1 commentaire:

  1. Bonjour, pouvions-nous trouver ce genre de cours de morale et de cartes affichées dans les classes au XIXème siècle? Si oui, auriez-vous un lien?

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