mercredi 26 octobre 2016

Gally, Guichard, Joste, Le socle commun ou la connaissance pilotée par l’économie (2007)

Gally, Guichard, Joste, Le socle commun ou la connaissance pilotée par l’économie (2007)


Analyse du socle commun 
par le collectif Sauver Les Lettres


Le socle commun de compétences et de connaissances est souvent présenté ou commenté benoîtement comme une demande "de bon sens" de savoirs élémentaires garantis par la loi et une nécessité française répondant à la crise de son école.

En fait, sa définition et sa mise en application sont strictement les demandes de la communauté européenne, en réponse aux exigences des économistes et des commerciaux s’inquiétant du niveau de qualification des populations européennes réclamé par les changements des lois du marché. On en trouvera tous les détails, et de nombreux éléments repris tels quels ou presque, en " version française ", par le Haut Conseil de l’Éducation (HCE), dans le document suivant de novembre 2005 Proposition de recommandation du Parlement européen et du Conseil sur les compétences clés pour l'éducation et la formation tout au long de la vie qui applique scrupuleusement les recommandations de l’E.R.T. (Table ronde des industriels européens) formulées en 1995 : "L’éducation doit être considérée comme un service rendu au monde économique".

Une analyse pertinente du socle ne relève donc pas d’une lecture guidée par les impératifs de l’instruction et de la pédagogie, qui se réjouirait des acquis et déplorerait les manques. Elle doit se référer au discours économique, essentiel, et au discours pédagogiste friand de "compétences", qui convergent curieusement. 

Car le changement est copernicien : la finalité de l’instruction ne devient plus la formation d’un individu informé libre de son jugement et de ses actes éclairés par le savoir et la réflexion, mais le formatage comportemental d’une "main-d’œuvre" dont "les connaissances, aptitudes et attitudes (…) constituent un facteur essentiel d'innovation, de productivité et de compétitivité, et contribuent à la motivation et la satisfaction professionnelle des travailleurs, ainsi qu'à la qualité du travail". Cette école redéfinie doit veiller à ce que "les savoirs soient en harmonie avec les besoins de l'économie de la connaissance".


Ni les savoirs ni l’élève n’y survivent.

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